Musiques actuelles : les groupes de musique en voie de professionnalisation face aux réalités du secteur

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Tous droits réservés. Reproduction avec l’accord du groupe Lénore

De nos jours, il est difficile pour un groupe de musiques actuelles en voie de professionnalisation de se différencier des autres groupes pour réussir à émerger. En effet, les groupes se font de plus en plus nombreux. De plus, aujourd’hui, la plupart des individus ne cherchent plus vraiment à découvrir de nouveaux groupes et écoutent ceux qui passent sur les ondes des grosses radios, à la télévision ou dans les discothèques. Beaucoup de lieux de diffusions sont donc obligés de préférer la notoriété du groupe plutôt que son originalité et/ou son talent.

Il faut aussi noté que le terme « musiques actuelles » est trop souvent interprété péjorativement et considéré comme « un fourre-tout » du point de vu de l’Etat. Le secteur  souffre donc d’un déficit d’image et de légitimité. Au niveau des financements, le secteur des musiques actuelles ne reçoit qu’un petit pourcentage du budget total consacré au spectacle vivant. Ces financements trop réduits ont bien-sûr une incidence sur les groupes en voie de professionnalisation, car face à l’afflux de groupes amateurs, les structures généralement trop réduites ont du mal à faire face. Il est presque impossible pour ces groupes d’être programmés dans ces lieux  sans avoir auparavant été pistonné, ou avoir déjà une petite notoriété. En effet, dans la recherche de dates, les groupes se tournent en général vers les SMAc (Scène de Musiques Actuelles). Mais étant donné le nombre de demandes ainsi que l’équipe de la structure en général réduite, le programmateur a rarement le temps d’écouter les disques qu’on lui envoie.  Même avec des outils promotionnels, il reste donc très difficile pour un groupe d’accéder à ces lieux, car face à la demande trop importante et des budgets trop justes, les structures doivent faire un choix ne relevant non pas du talent mais des relations du groupe. Yves Leroy[1] dénonce, dans son article L’impossible entrée du jeune artiste dans le métier, un système verrouillé du point de vue de la diffusion.

L’appartenance à un label étant un argument non négligeable à la demande de programmation, la disparition des labels indépendants touche en premier lieu les groupes en voie de professionnalisation, qui peinent à les convaincre face aux places trop rares.

Il existe aussi les cafés-concerts. Ce sont eux qui historiquement ont accueillis les premiers les musiques amplifiées. Leurs rôles est d’apporter une première expérience de la scène aux groupes, mais aussi de démarrer la construction d’un réseau, car ces lieux sont fréquentés par des musiciens et facilitent les rencontres. Malheureusement, les bars qui organisent des concerts se font de plus en plus rares à cause notamment des lois sur la prévention des risques auditifs et des lois sur les établissements recevant du public. En effet, les bars ne sont pas des lieux conçus pour accueillir du public, on n’y trouve donc pas de systèmes d’insonorisation suffisants pour atténuer le son et ils ne sont aussi pour la plupart pas équipés des limiteurs obligatoires. C’est pour cela qu’il y a quelques années, les bars qui organisaient des concerts ont été menacés de fermeture, entraînant donc une raréfaction des lieux de diffusion pour les groupes amateurs et en voie de professionnalisation.

Le magazine La Scène l’exprime ainsi dans un article : « si l’on prend l’exemple d’un café spectacle, c’est au moins 14 codes qui régiront son activité lorsqu’il produit un spectacle (…) auxquels il faut ajouter les diverses réglementations non codifiées, qu’elles soient locales ou nationales, ainsi que les multiples conventions collectives susceptibles de s’appliquer. Si l’on évoque également la vingtaine de déclarations préalables ou autorisations à obtenir pour l’organisation d’un spectacle, c’est à un véritable parcours du combattant que doit se préparer celui qui relève de ces textes ».[2]

Il faut donc pour un groupe pouvoir prouver qu’il est différent des autres soit par un charisme ou ce “petit plus” qui fait que aujourd’hui un groupe ou un artiste sortira du lot, fera le buzz et réussira à s’attirer les meilleurs contacts et les meilleurs contrats.


[1] Yves LEROY, Spectacle vivant, L’impossible entrée du jeune artiste dans le métier, La Maison du Théâtre, avril/mai 2005

[2] Yves ABRAM, Les musiciens et les exploitants aux prises avec la réforme de l’ordonnance du 13 octobre 1945 relative aux spectacles, La Scène n°25, septembre 2002

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