« Alceste » de Glück, à l’Opéra de Paris

Vendredi 4 octobre 2013, 19h15. La salle du Palais Garnier se remplit petit à petit. Parterre, loges, balcons, amphithéâtre, tout grouille de monde, de l’abonné à l’orchestre au visiteur de passage, du tailleur chic des Parisiennes à la robe de soirée des touristes japonaises.

Tout ce monde s’installe dans une agitation plus ou moins maîtrisée pendant que sur scène s’affairent cinq hommes devant un grand tableau noir, craies à la main. L’esquisse de la façade de l’Opéra Garnier se dessine tout d’abord, commençant par des contours flous pour finir par le fin détail des colonnes, des chapiteaux, des perspectives et des effigies gardiennes de cette Académie nationale de Musique. L’opéra peut commencer.

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Photo Agathe Poupeney

Dans la fosse, les Musiciens du Louvre menés par la baguette d’un Marc Minkowski toujours aussi énergique, réveillent les dorures de la salle avec détermination et conviction, fougue et brillance. Au troisième acte, l’orchestre est sur scène, faisant pleinement partie de l’action. La fosse alors vide se transforme en descente aux enfers. Il n’est pas courant de voir les musiciens et le chef  dans l’espace de jeu des chanteurs. Laisser autant de place à la musique est, de la part du metteur en scène, un véritable hommage à l’œuvre de Glück.

Olivier Py, justement, met en scène et prend le parti d’un décor minimaliste : un tableau noir en fond de scène derrière un grand escalier et deux panneaux noirs coulissants de part et d’autre du devant de la scène. Le véritable décor est assuré par une équipe de dessinateurs à la craie qui, tout au long de l’opéra et au fur et à mesure de l’action, offrent des esquisses de paysages permettant au public de situer ou d’imaginer l’environnement de survie des personnages. Les dessins se font et se défont à la vue de tous permettant au public et aux chanteurs de traverser main dans la main les tourments d’Alceste et d’Admète.

Photo Agathe Poupeney. Tous droits réservés.
Photo Agathe Poupeney

Car il s’agit bien du récit d’Euripide, l’histoire d’un couple et non pas seulement d’Alceste. Le roi Admète se meurt mais les dieux acceptent qu’une personne se sacrifie pour lui laisser la vie sauve. Alceste accepte de mourir à sa place, abandonnant ses deux enfants et rendant ce roi à son peuple qui l’aime tant. Admète tente d’empêcher Alceste de se laisser enlever par la mort, mais en vain. Hercules, touché par le geste d’Alceste et le chagrin d’Admète, descend aux enfers pour ramener Alceste chez les siens.

Dans le rôle d’Alceste, la mezzo-soprano Sophie Koch offre une ligne de chant parfaite et très homogène, d’un médium riche et envoûtant à un aigü tragiquement brillant. Admète est interprété par le ténor Yann Beuron, à la diction toujours parfaite, incroyable de puissance, de maturité vocale et de sincérité.

Photo Agathe Poupeney
Photo Agathe Poupeney

Comme l’écrit Alceste au deuxième acte, « la musique sauve tout ». On en est convaincu. La musique, les voix, le jeu, les dessins, la danse, tout est présent et cohabite de façon harmonieuse pour servir un seul maître : l’Art.

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