Sur les traces de Georges Lacombe en forêt d’Ecouves avec Nicolas Blanchard

Moustache travaillée, fines lunettes et barbe soignée : est-ce le peintre Georges Lacombe lui-même qui accueille les visiteurs ce samedi 17 Septembre 2016 en forêt d’Ecouves ? Il s’agit en fait de son alter ego, le photographe Nicolas Blanchard qui guide, à l’occasion du centenaire de la disparition du peintre et des Journées du Patrimoine, une mini-conférence ambulante en forme de randonnée à travers la forêt dont les deux hommes sont, à un siècle d’écart, tombés amoureux.

13988071_10157253430520075_5052673685940957622_o(c) Carole Blanchard

Les deux artistes partagent, outre leur troublante ressemblance physique, une expérience autant géographique qu’esthétique de la forêt : pendant des années, l’un l’a parcourue avec son chevalet et ses pinceaux, l’autre avec son matériel de camouflage et son appareil photo. Aujourd’hui, chaussures de randonnée aux pieds et tablette tactile en main, Nicolas nous invite à suivre les pas de Georges Lacombe.

Au cours de la randonnée, Nicolas nous explique comment Georges Lacombe et lui-même sont liés à la forêt, bien sûr, mais aussi l’un à l’autre à travers les portraits qu’ils en ont saisi. Nicolas, Ornais d’origine et passionné de photographie autant que de sa région, a en effet passé des nuits et des jours entiers à immortaliser la vie sauvage avec une curiosité égale au respect qu’il lui porte. Jusqu’au jour où il a reconnu, par hasard, l’un des sites de « sa » forêt dans un tableau d’un certain Georges Lacombe. « A partir du moment où j’ai commencé à retrouver des lieux de création de ses œuvres, ça m’a permis d’en savoir plus sur lui, sa relation à la forêt, l’interprétation qu’il en fait. Je me suis beaucoup intéressé au processus de création : pourquoi il peint ce lieu? » A chaque étape, le visiteur n’a qu’à poser les yeux sur la tablette du guide présentant une œuvre de Georges Lacombe, puis à les lever tout autour de lui pour s’y trouver comme immergé. Alors, Nicolas l’embarque au-delà du réel, dans ses propres rêveries. « Ici, regardez : le peintre a représenté un tout petit sujet, perdu entre les arbres ; c’est une ramasseuse de fagots… Mais en est-on si sûr ? Ce n’était peut-être qu’un animal, un reflet du soleil dans les feuilles. En tous cas, un esprit de la forêt que Georges Lacombe a aperçu et personnifié ainsi. C’est du moins l’interprétation que je m’en fais. » Un esprit de la forêt d’Écouves qui semble avoir parfois hanté le peintre : « Certains lieux sont immortalisé à plusieurs reprises : il y a amené ses amis, sa famille. Certaines toiles représentent des espaces que le peintre affectionne particulièrement, en quelque sorte ses  repères spatio-affectifs. La démarche est d’autant plus personnelle, authentique, que Lacombe n’a jamais eu besoin de vendre ses toiles pour vivre. Il était dans l’art pour l’art ; il représentait quelque chose qui lui ressemblait vraiment. » On comprend mieux pourquoi Nicolas n’a pu imaginer d’autre cadre pour sa conférence itinérante quel le cœur même du sujet, fidèle à la volonté fusionnelle de Georges Lacombe qu’il résume en cet aphorisme : « Je peins ce que je suis, je suis ce que je peins ».

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(c) Carole Blanchard

C’est à Angers que l’idée des sorties Georges Lacombe a germé chez le jeune homme alors étudiant : une conférence immersive, pour revivre la démarche artistique et écologique. Le concept est bon : aussi est-il presque directement validé par l’ONF (Office National des Forêts) qui délivre son autorisation pour conduire la randonnée de deux heures tous les samedis matins de juillet et d’août. Le public ne s’y trompe pas, certaines dates sont complètes et bien vite il est décidé que la randonnée aura lieu pour les Journées du Patrimoine.

Mais il n’est pas encore temps de se reposer sur ses lauriers. Si la dimension artistique est indiscutablement présente dans le travail de Nicolas, celui-ci juge encore nécessaire de creuser les aspects historique et scientifique : « Actuellement, je fouille les archives pour avoir des indices sur sa vie ; je cherche à savoir aussi à quoi pouvait ressembler la forêt à l’époque ailleurs que sur ses tableaux ; j’aime beaucoup retrouver des témoignages écrits sur Écouves, ça me permet de mettre en relief ce que pensaient réellement les gens du coin  par rapport au portrait presque idéal de la forêt qu’il brosse dans ses toiles. »

Nicolas se fait donc, en fonction des envies et des circonstances, à la fois photographe, étudiant, guide, chercheur, archiviste… Sans doute Georges Lacombe, lui-même touche-à-tout, n’aurait pas renié ce fils spirituel bien décidé à marcher encore longtemps dans ses traces en forêt d’Écouves.

Camille Thomas

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