Effet de Mass B à Angers : danse baroque remarquablement contemporaine

MASS B de Béatrice Massin« Mass b » – Béatrice Massin © Laurent Philippe

Dans un décor épuré tombent les premières notes de la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach et, peu après elles, les premiers corps des danseurs de Mass B. Ce vendredi 2 décembre 2016 à 20h30, la chorégraphe Béatrice MASSIN elle-même est dans les premiers rangs de la salle T900 du Quai-CDN d’Angers, quasi-comble, pour assister à cette grande « messe profane ».

Pour sculpter cette fresque humaine, la communauté des dix danseurs de Mass B travaille au corps la matière baroque avec ses outils contemporains, ses parcours divers. Le nouveau projet de Béatrice MASSIN, devenue spécialiste du baroque après des années de danse contemporaines : faire des liens « entre rigueur de la forme baroque et singularité performative des danseurs » pour interroger une société qui se cherche un avenir. Pendant une heure, Mass B emboîte ainsi le pas d’une problématique aussi ancienne qu’actuelle : la migration. Les danseurs marchent dans les pas des populations qui se pressent, se déplacent, trébuchent, se traînent, s’entraident et s’abandonnent dans la fuite de ce qui fut leur pays, vers l’espérance d’une reconstruction dans un ailleurs. Un espace à inventer, en ruine, à remodeler.

Cet espace abstrait, ciselé notamment par le scénographe parisien Fréderic CASANOVA (Atelier FCS) et mis en lumière par Caty OLIVE, fraye de multiples chemins aux danseurs. Les frontières entre scène et coulisse, parquet clair et sol noir, sont nettes et pourtant franchissables ; les espaces sont à la fois grands ouverts et entravés de deux colonnes noires effondrées ; obstacles d’allure massive qui deviennent pourtant mobiles… Un écrin d’architecture en creux où naissent et se vivent des scènes tantôt intimes, tantôt ouvertes.

Les scènes se succèdent et prennent aussi des temps d’arrêt, tantôt matériels quand des danseurs se figent, tantôt immatériels quand la musique s’interrompt. Après Bach et Ligeti, respirations, halètements, foulées, cris dont on ne sait s’ils sont de souffrance ou de jouissance emplissent à leur tour l’espace et deviennent une musique vivante et unique. La réflexion autour du son était incontournable pour Béatrice MASSIN, fille des musicologues Jean et Brigitte MASSIN : si les « décalages » des danseurs semblent si naturels, c’est parce qu’ils épousent le principe musical de la fugue présente dans la messe de Bach ; ce sont des « entrées en imitation », alternance de phrases de question et de réponse qui s’initient de la même manière.

Corps, espace, lumière, musique, son : l’ensemble respire l’harmonie, l’équilibre, en réussissant le tour de force de ne jamais tomber dans la facilité de la symétrie, du pair ni du parallèle. Quatre hommes et six femmes se répartissent dans l’espace en démultipliant les axes, les points de rencontre et les orientations ; tout poids trouve systématiquement son contrepoids avec grâce et élégance, sans forcer. Est-ce un spectacle de danse ou de magie ? Sur scène tout est à vue et pourtant on se laisse surprendre ; un élément a disparu ; un danseur en remplace un autre ; les proportions se modifient sans jamais se toucher ni s’écraser. Cela en devient captivant de finesse.

Béatrice MASSIN exprimait avec Mass B une volonté de partager du plaisir : la salle, à en croire sa réaction, semble s’en être approprié la totalité. C’est seulement après quatre rappels, une « standing ovation », des applaudissements crescendo au salut de la chorégraphe et une rose déposée sur scène que le public libère enfin les artistes. Si seulement il pouvait y avoir en danse, comme en musique, des bis !

Enfin, s’il faut bien sûr rendre grâce à la qualité indéniable du travail de la chorégraphe sur le spectacle, saluons tout autant son investissement pédagogique en amont. En effet, le public angevin était convié gratuitement au Quai quelques semaines auparavant, le 15 Novembre, pour une rencontre avec Béatrice MASSIN. L’occasion de découvrir le cadre de travail de la chorégraphe à travers des notions d’écriture chorégraphique, de codes scéniques ; et pour certains, de tordre le cou aux préjugés tenaces dont souffre bien la danse contemporaine.

Camille THOMAS

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